Visite de l'incinérateur de Fos-sur-mer

L’association AREMACS organisait vendredi 9 Novembre une visite du centre de traitement des déchets multifilières Everé, à Fos-sur-mer, où plusieurs de nos bénévoles se sont rendus. Retour sur les coulisses du traitement des déchets marseillais…

 

Nous sommes accueillis sur le site par la chargée de communication d’EveRé, qui, à l’aide de supports vidéos et d’animations très au point, nous explique tout l’historique et le fonctionnement de l’entreprise.

 

Mise en service depuis 2010, le centre de traitement multifilière EveRé (le seul de ce type en France) remplit une mission de délégation de service public jusqu’en 2030 pour Marseille Provence Métropole (maintenant absorbée dans la Métropole Aix-Marseille Provence) et traite les déchets résiduels de 18 communes, dont Marseille.

 

Entendons-nous déjà sur un point important : Les déchets résiduels, ce sont toutes les ordures que nous mettons dans les containers marrons. EveRé ne traite pas les recyclables, déposés dans les points d’apport volontaire.

Ce sont 1100 tonnes de déchets qui sont acheminés jusqu’à Fos tous les jours soit 410 000 tonnes de déchets par an. De quoi nous donner froid dans le dos… Des dizaines de wagons, portant chacun plusieurs conteneurs pleins, attendent à la « gare » d’EveRé d’être déchargés. Un train qui, même s’il s’étend à perte de vue le long de cette voie ferrée, a un impact environnemental bien moindre que les camions. On nous dit qu’il faudrait 22 000 camions par an pour transporter tous ces déchets.

 

Sont-ils tous incinérés ? Non, et c’est bien là toute la différence avec les autres incinérateurs français. On parle bien ici de centre multifilière, qui propose notamment plusieurs techniques de valorisation des déchets avant l’incinération : le tri, la valorisation organique et énergétique.

 

Du tri, vraiment ?

Chaque année EveRé « sort » 10 000 tonnes de recyclables (sur les 410 000 tonnes totales) et leur évite ainsi une incinération – polluante – et inutile. Ces recyclables sont rapportés à la Métropole qui a conservé sa compétence en matière de tri sélectif. Malheureusement la technique de tri optique utilisée ici ne remplacera jamais l’efficacité d’un tri manuel. Si notre bouteille d’eau en plastique est cachée sous plusieurs autres déchets, il y a de fortes chances que la machine ne la détecte pas. 

Cela dit, nous savons tous que cette bouteille d’eau n’aurait pas dû se retrouver dans le train direction Fos. Malgré la sensibilisation faite autour du tri sélectif, EveRé nous indique ne pas voir de différence en termes de volume de déchets, notamment à cause du facteur d’accroissement démographique.

 

Valorisation organique et énergétique

Après plusieurs aiguilleurs et séparateurs, toute la matière organique qui a été séparée du reste des déchets fermente puis mature environ 3 semaines avant d’être stockée puis donnée aux agriculteurs du coin. Via un processus de méthanisation, le biogaz récupéré est transformé en électricité verte par des groupes électrogène puis revendu.

 

Au total, ce sont 20 000 tonnes de compost qui sont valorisées par EveRé chaque année. Chaque mois un échantillon de ce compost est prélevé afin de vérifier qu'il respecte bien les normes en matière de compost, la fameuse norme NFU 44051. Bien que cette norme prenne en compte depuis 2006 des critères d’ETM (Eléments Trace Métallique) comme le mercure et le plomb, Zero Waste France (ex CNIID) alertait déjà le grand public en 2008 sur la mauvaise qualité du compost issus de plateformes industrielles : « la meilleure garantie de qualité demeure la séparation à la source des déchets organiques. » [1]

 

L’incinération

Tout ce qui n’a pas pu être valorisé est acheminé dans deux tours chaudières pour une combustion à 1000 °C. A cette étape, EveRé produit également de l’électricité, pour l’équivalent d’une ville de 50 000 habitants. 20% de cette électricité est utilisée en interne, les 80% restants sont revendus au réseau Enedis.

Reste encore tout ce qui n’aura pas pu brûler comme le fer ou le verre, et les célèbres mâchefers : résidus solides « composés majoritairement de cendres, de 5 à 10% d’incombustibles divers […] et qui concentrent un certain nombre de polluants, en particulier des métaux lourds. Pour 1000 kg de déchets brûlés, environ 200 kg de mâchefers sont produits ». [2]

On utilise les mâchefers dans le secteur du BTP, en sous-couche routière ou en matériau de comblement (remblais, …). En réalité ces mâchefers finissent en grande partie en décharge (pour servir de couche de couverture ou parce que trop pollués) et « il existe de grosses incertitudes quant à leur impact à terme sur l’environnement et la santé. » [3]

 

Et la pollution ?

Bien sûr, en visitant EveRé, entouré de dizaines d’industries, on ne peut s’empêcher de penser à la pollution de l’air qui cause de nombreux problèmes de santé aux habitants du bassin.

La chargée de communication d’EveRé nous assure qu’un contrôle des fumées est réalisé toutes les 30 secondes et que la dioxyne est traitée par un laboratoire externe tous les mois (les résultats sont publiés sur leur site internet mensuellement, site actuellement en maintenance.)

Les fumées de l’incinérateur passent par trois filtres : le premier, dans une tour de lavage, traite les fumées avec du lait de chaux (pour l’acidité) et du charbon actif (pour les métaux lourds). Puis viennent les filtres par manche et enfin un catalyseur à l’ammoniaque.

« Nous respectons les doses maximales autorisées de dioxyne dans l’air » nous indique un employé du centre. Comment sont établies ces doses maximales ? Et qu’en est-il du taux total de dioxyne rejeté en comptant l’ensemble des usines du bassin ?

 

Nous finissons la visite avec un avis mitigé sur cet incinérateur : Il faut reconnaître que le centre EveRé met en place des moyens pour valoriser la plupart de nos déchets. Mais nous n’en revenons toujours pas de la quantité de déchets traitée chaque jour. Depuis la mise en service de l’incinérateur, les tonnages à brûler chaque année n’ont cessé d’augmenter.

Tout cela confirme notre point de vue sur les incinérateurs comme n’étant pas une solution viable à long terme. Et bien sûr, notre détermination à promouvoir la démarche zéro déchet sur notre territoire.

 

Au moment où je termine cet article, j’apprends la démission de René Raymondi [4], maire de Fos depuis 14 ans, qui a consacré la majorité de ses mandats au combat contre l’installation d’un incinérateur dans sa ville. Quelle tristesse de voir un élu sensible aux questions environnementales s’épuiser à la tâche au point d’y renoncer... 

Si le sujet vous intéresse, je ne saurai que trop vous conseiller de vous pencher sur l’historique de ce combat entre habitants et métropole qui a débuté en 2005[5], en parallèle de la fermeture du site d’Entressens, la plus grande décharge à ciel ouvert d’Europe.

 

Fiona C.

 



[1] Lire l’article Campagne « Alternatives » : la norme NFU 44051 nouvellement révisée ne peut garantir à elle seule la qualité des composts. http://www.cpepesc.org/La-norme-NFU-44051-revisee-et.html

[2] Lire « Déchets, les gros mots » de Zero Waste France - https://www.zerowastefrance.org/publication/dico-dechets/

[3]  Idem

[5] Voir notamment les nombreux articles du journal La Croix à ce sujet

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Commentaires: 1
  • #1

    Noémie (vendredi, 07 décembre 2018 17:20)

    Super instructif, merci Fiona !

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