Le blog

Zéro Waste Marseille

Événement

Court-circuit : Promenade urbaine qui court-circuite la surconsommation…

Le 24 novembre 2018, dans le cadre de la Semaine de la Réduction des Déchets (SERD), Zero Waste Marseille a mis en place deux balades urbaines pour valoriser les commerçants et entreprises de proximité qui agissent en faveur de l’environnement en proposant des services et des biens qui favorisent le réemploi des produits, les circuits courts et donc de fait, agissent contre l’épuisement des ressources naturelles, la pollution et la disparition de la biodiversité !

Chaque étape de ces balades engagées est l’occasion de faire un focus sur les produits qui composent notre quotidien et qui, tout au long de leur cycle de vie, génèrent un impact sur l’environnement. La fabrication de ces produits nécessite l’exploitation intensive de ressources naturelles avec les conséquences désastreuses pour la planète que nous connaissons. Les cadences de productions et les montagnes de déchets qu’elles engendrent donnent le tournis. Cela nous amène aujourd’hui à nous poser un certain nombre de questions avant d’effectuer un achat ; en avons-nous réellement besoin ? ne pouvons-nous pas favoriser l’occasion et/ou la réparation au neuf ?

Il s’agit alors de sensibiliser les participants en introduisant la notion de rareté [qui existe en nombre limité], et en démontrant que « les ressources naturelles qui rentrent dans le circuit avec une valeur d’utilité pour les humains en ressort sous forme de déchets sans valeur »[1].

Pour ces premières balades, une quarantaine de personnes se sont laissées guider à travers deux quartiers emblématiques de Marseille, Réformés–Cinq Avenues et Lodi–La Plaine. Vrais laboratoires urbains où se côtoie une population hétérogène, multiculturelle, ces quartiers ont développé de nombreuses initiatives autour des enjeux sociaux et environnementaux, en favorisant de nouveaux modèles économiques, de consommation, ils redéfinissent le commerce de proximité en lui redonnant sa place au cœur de la communauté.

Les circuits empruntés abordent les filières de consommation courante comme l’alimentation et l’habillement. Les visites proposées sur le parcours font (re)découvrir le savoir-faire du pain naturel proposé par le Bar à Pain ainsi que l’agriculture raisonnée en circuit-cout défendue par l’Épicerie Paysanne qui, tout au long de l’année, propose un bel étalage de fruits et légumes de saison.  Les visites des friperies Frip’Insertion et Humana apportent une alternative à l’industrie du textile et de l’habillement, secteur extrêmement vorace en matières premières, particulièrement en eau, où 1300 litres sont nécessaires pour la confection d’un seul t-shirt. Selon l’ADEME[2], en France, nous jetons l’équivalent de 20 t-shirts par an et par personne…[!]

Pour sa série sur les alternatives au plastique, Anonymal Tv nous a suivi le 24 Novembre dernier lors des court-circuits. Retour en images : https://www.facebook.com/watch/?v=1023207727888858

Le parcours amène également les marcheurs à découvrir deux entreprises, Ordi Solidaire et TES-ELEC, qui s’emploient à réparer et revendre les biens d’équipements dont nous raffolons et qui envahissent nos habitats. Électro-ménager, appareil électrique, high-tech, symboles de la surconsommation et de l’obsolescence programmée, mobilisent des milliers de tonnes de matières premières.

Pour la confection d’un téléviseur de 11kg, il faut extraire 2,5t de matières premières[3] ! Si une grande partie des appareils électro-ménager sont réparables, la tâche se complique avec le numérique et devient pratiquement impossible pour certains produits comme les imprimantes ou les équipements électriques « low cost », les pièces détachées étant souvent introuvables ou à prix prohibitifs…Tous ces appareils se retrouvent au rébut alors qu’ils sont les plus toxiques et les plus difficiles à traiter. Alors que nos E-déchets devraient être recyclés dans des unités spécialisées, ils atterrissent le plus souvent dans des décharges à ciel ouvert en Afrique ou en Asie. Sans aucun contrôle, ces décharges sauvages provoquent des effets néfastes sur l’environnement et sur la santé humaine de ces territoires poubelles. Le magnifique et percutant travail du photographe Kai Löffelbein[4]  illustre ce désastre à travers un documentaire photographique qui met en lumière un drame qui se joue loin de nos regards mais aux conséquences universelles.

Tout au long de ces balades, les thématiques abordées sont approfondies grâce à l’intervention des employé-e-s ou directions des structures visitées qui expliquent aux participants les détails de leur secteur d’activité. Ancrées localement, ces structures répondent aux besoins émergents en intégrant les questions d’innovation sociale et en proposant des alternatives à la consommation, leviers centraux et indissociables pour engager la société dans la « transition écologique ». La plupart de ces structures ont adopté comme fonctionnement l’économie circulaire, modèle économique qui associe la préservation de l’environnement et l’utilité sociale.

A l’issue de ces 2 heures de promenade, les participants peuvent mesurer de façon ludique les conséquences de la consommation frénétique tout en prenant connaissance des alternatives en place dans les quartiers visités. Faites de rencontres avec les habitants et les acteurs locaux, ces ballades sont riches en informations, elles alimentent les discussions entre les participants, apportant à la fois un regard nouveau sur notre rapport à la consommation mais soulèvent également de nouvelles interrogations. Parfois même, on ressent un sentiment de découragement face à l’ampleur des enjeux écologiques. Si l’on veut penser les émancipations de demain nous devons étendre cette réflexion à tous les objets de notre quotidien, en rejetant la propriété privée des moyens de production et en portant davantage l’intérêt du consommateur sur la fonctionnalité et l’utilisation des produits[5].

À la fin du parcours, le constat est unanime, choisir c’est agir !

Sue Cætera

[1] Nicholas Georgescu-Roegen, The entropy law and the economic process, 1971

[2] https://www.ademe.fr/textiles-dhabillement-linge-maison-chaussures-menages

[3] https://www.ademe.fr/particuliers-eco-citoyens/achats

[4] http://feldbuschwiesnerrudolph.com/kai-l%C3%B6ffelbein.html

[5] http://economiedefonctionnalite.fr/

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